Category: Livres,Histoire,Grandes Périodes de l'Histoire
Les Vies parallèles, tome 3. Périclès-Fabius Maximus ; Alcibiade-Coriolan Details
Biographe et philosophe grec, Plutarque (c. 45 ?? 125 ap. J-C.) nous a légué une ?uvre importante, où la philosophie et la biographie occupent une place de choix. Nous possédons de lui les ?uvres morales, un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale (d'où le titre de l??ensemble), mais aussi à des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux. C??est aussi en moraliste que Plutarque s??est intéressé à la vie des hommes illustres: ses Vies parallèles sont un immense recueil de biographies de grands hommes de l??histoire, présentées presque toutes par paires (un Grec étant mis chaque fois en parallèle avec un Romain). D??une érudition prodigieuse, l???uvre de Plutarque est un trésor de connaissances, de faits et d??idées. Dès l??Antiquité, elle a exercé une influence considérable, et parmi les très nombreux esprits que Plutarque a marqués on relève Shakespeare, Montaigne ou encore Rousseau. Au-delà de leur portée philosophique, ses ?uvres sont une mine de renseignements pour tous ceux qui s??intéressent à la civilisation gréco-romaine. Hélléniste et traducteur, ?mile Chambry a édité et traduit Putarque, Platon et les Fables.Robert Flacelière dut directeur de l'?cole normale supérieure et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. On lui doit, dans la CUF, l'édition d'une grande partie des ?uvres complètes de Plutarque.Professeur de littérature et civilisation grecques à la Sorbonne, Paris IV et directeur de l'Unité de recherche sur la médecine grecque au CNRS (1990-2000), président de l'école doctorale Mondes anciens et médiévaux ; Membre de l'Institut, Académie des inscriptions et belles lettres (1997)

Reviews
Grec romanisé vivant à l'apogée du Haut-Empire, Plutarque veut prouver dans les Vies parallèles que les Grecs eurent aussi leurs grands hommes. 250 ans de domination romaine en Grèce ne pouvait pas effacer ce fait !Après un intéressant préambule typiquement platonicien ?? faisant de la vertu le souverain bien ??, Plutarque expose les enjeux de sa démarche biographique : "Les conduites inspirées par la vertu nous poussent aussitôt, au moment même où nous admirons ces actes, à vouloir rivaliser avec leurs auteurs." C'est donc ?? avec la rédaction de ces Vies ?? un véritable miroir des princes que compose le moraliste ; c'est à une pédagogie de l'émulation qu'il nous invite, une pédagogie agonistique typiquement grecque.Mais quelles sont alors ces "conduites inspirées par la vertu" ? Qu'on en juge avec Périclès et Fabius Maximus : "Ces deux héros se ressemblent par toutes leurs vertus, et surtout par leur douceur et leur justice ; leur capacité à supporter la sottise du peuple et celle de leurs collègues leur permit de rendre à leurs patries respectives les plus grands services."La Vie de Périclès est à maints égards une ?uvre extraordinaire. Plagiant Thucydide, Plutarque fait de la démocratie péricléenne l??Age d??Or d??Athènes. Néanmoins, véritablement prisonnier des topoi aristocratiques, le moraliste ne peut pas s??empêcher de citer les auteurs comiques du Ve siècle qui salissent Périclès et ses proches. Et face aux contradictions des sources, l??historien se sent désemparé : "L??histoire est, on le voit, une entreprise difficile ; elle a bien du mal à saisir la vérité. Lorsqu??on écrit après les événements, le temps qui s??est écoulé obscurcit la connaissance des faits, mais si l??on fait l??histoire de vies et d??actes contemporains, on fausse la vérité et on la déforme par envie et par malveillance, ou au contraire par souci de plaire et de flatter."Et puis il y a cet exposé qui mêle Thucydide à Platon : "La démocratie était relâchée et parfois amollie, telle une musique tendre et languissante : il la tendit, la transformant en un régime aristocratique et royal, dont il usa, de manière droite et inflexible, en vue du plus grand bien. La plupart du temps, il faisait appel au bon vouloir du peuple, et il le gouvernait par la persuasion et le raisonnement ; mais parfois, quand la foule renâclait, il tirait les rênes et l??amenait de force à agir comme il convenait. Il imitait ainsi exactement un médecin qui, en présence d??une longue maladie aux symptômes variés, prescrit, selon les circonstances, tantôt des plaisirs inoffensifs, tantôt, quand la situation l??exige, des traitements drastiques et des drogues salutaires."Il y a encore cette autre comparaison qu??on croirait issue d??un dialogue de Platon : "Tel le pilote d??un navire qui, lorsque le vent s??abat sur la mer, dispose tout comme il faut, retend les cordages et fait appel à son art, sans tenir compte des pleurs et des prières des passagers épouvantés, en proie au mal de mer, de même Périclès" et bla bla bla.Mais, bien entendu, les Athéniens sont ingrats : "Les Athéniens étaient exaspérés contre Périclès et s??en prenaient injustement à lui, comme des gens égarés par la maladie s??en prennent à leur médecin ou à leur père."Les mêmes thèmes sont encore développés dans la Vie de Fabius Maximus. Plutarque place d??abord dans la bouche du dictateur un concentré de patriotisme et de philosophie stoïcienne : "Il n??est pas honteux, croyez-moi, de craindre pour sa patrie. En revanche, redouter l??opinion des gens, leur calomnie et leur blâme, ce serait me comporter en homme indigne d??une si haute charge, et me faire l??esclave de ceux dont il convient que je sois le chef et le maître, s??ils viennent à s??égarer." Philosophe-roi exemplaire, Fabius gouverne avec douceur : "Fabius savait que les dresseurs de chevaux et de chiens préfèrent employer les soins, la familiarité et la nourriture, pour vaincre l??hostilité, la colère et l??humeur récalcitrante de leurs bêtes, plutôt que le fouet et le carcan : il trouvait donc révoltant que celui qui dirige les hommes n??employât point la bonne grâce et la douceur pour les corriger, et se montrât plus dur et plus âpre que les paysans, quand ils disciplinent les arbres sauvages, figuiers, poiriers et oliviers, pour les contraindre à porter des olives, des poires et des figues."Devant tant de génie et de talent, les collègues de Fabius ne peuvent que reconnaître son autorité. C??est ce que fait Minucius : "Dans les grandes entreprises, compagnons, éviter toute erreur est au-dessus des possibilités humaines ; mais quand on s??est trompé, tirer de ses fautes des leçons pour l??avenir, voilà ce que doit faire l??homme valeureux et sensé. Pour moi, je l??avoue, j??ai peu à me plaindre de la Fortune et beaucoup à m??en louer. Ce que je me suis refusé à reconnaître, pendant si longtemps, quelques heures ont suffi pour me l??apprendre : j??ai compris que je ne suis pas capable de commander aux autres, que j??ai besoin d??un chef qui me commande et que je ne dois pas chercher à vaincre ceux auxquels il est plus beau d??être soumis." Entends-tu, peuple ingrat ? Cesse tes turpitudes et tes insolences, et soumets-toi à l??autorité bienveillante des bien nés, des meilleurs, des aristocrates !On relèvera aussi le célèbre mot de Barca, adressé à Hannibal : "Tu sais vaincre, mais tu ne sais pas profiter de ta victoire." Ou encore cette comparaison, promise à une étonnante postérité : "Les Romains, selon Posidonios, avaient surnommé Fabius leur bouclier, et Marcellus leur épée : la solidité et la prudence du premier, jointes à l??énergie du second, assurèrent leur salut."Quant aux personnages tragiques d'Alcibiade et de Coriolan, leurs biographies sont autant de contre-exemples que le moraliste brandit pour mettre en garde ses lecteurs. Exilés de leur cité puis traîtres à leur patrie, ils se laissent tous les deux porter par leurs mauvais penchants, ceux qui les conduisent à se complaire dans les plaisirs charnels et dans l'arrogance. C'est en effet à l'éducation de tirer l'homme vers la vertu, vers la tempérance, et de l'éloigner des extravagances, des emportements et de la démesure : "De tous les profits que les hommes retirent de la fréquentation des Muses, le plus grand, c??est de pouvoir tempérer leur nature par la raison et l??éducation, de lui faire accueillir la mesure et rejeter les excès." Socrate éduqua donc Alcibiade, mais son enseignement ne fut pas suffisant face aux tentations des flatteurs de son hétairie. Quant à Coriolan, "c??était un homme qui cédait le plus souvent à la partie de son âme gouvernée par la passion et par l??ambition, et qui prenait ces sentiments pour de la grandeur et de la fierté. Il ne possédait pas la pondération et la douceur, qui viennent de la raison et de l??éducation, et sont les principales vertus de l??homme politique. Il ne savait pas non plus que si l??on entreprend de s??occuper des affaires publiques et de se mêler aux hommes, il faut fuir par-dessus tout l??arrogance, cette "compagne de la solitude", selon le mot de Platon, et qu??il faut rechercher une vertu trop souvent décriée par certains, la patience à supporter les injures. Il avait toujours été sans nuances et rigide : à son idée, vouloir vaincre et dominer tout le monde, en toute circonstance, était un signe de vaillance ; il ne voyait pas que ce désir est dicté par la faiblesse et par la mollesse, qui font surgir la colère, comme un abcès, de la partie malade et passionnée de l??âme."


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