Category: Livres,Romans et littérature,Correspondances et mémoires
Correspondance Details
Ces 485 missives entre Paul Morand et Roger Nimier vont au galop des Hussards : pastiches littéraires, menus gastronomiques, programmes de journées et de nuits fantaisistes, analyse technique des nouveaux bolides, commentaires sur les exploits des rugbymen français et le génie de Joyce ou de Talleyrand. De 1950 au drame de septembre 1962, la connivence et l'admiration s'installent vite entre un "père" qui semble rajeunir et un "fils" qui trouve, aussi, un camarade de jeu. Dans le ton sec à l'humour insolent, c'est le guide du parfait Hussard. Leur correspondance montre également Nimier au travail, dans la presse puis chez Gallimard. Délaissant son oeuvre, il défend un Morand négligé depuis la guerre et une certaine idée de la littérature. Puis il prépare secrètement son retour avec un roman de l'amitié, D'Artagnan amoureux, qui paraîtra un mois après sa mort. Entre-temps, Paul Morand est devenu le quatrième mousquetaire de la bande de Roger Nimier, avec Antoine Blondin et Kléber Haedens, qui sont les fidèles protagonistes de ces lettres. Sans compter bien sûr Jacques Chardonne, surnommé "le Solitaire", avec lequel tous deux correspondent en parallèle.

Reviews
Exilé en Suisse pour fait de collaboration, Morand se voyait plus que mort d'une déchéance qui avait été financière, morale, politique et littéraire. Or, s'il pouvait supporter la ruine, l'exil et l'opprobre, l'oubli ne pouvait qu'être l'Everest du malheur pour ce grand narcissique à tonalité manipulatrice et un brin psychopathique. Sa redécouverte par ceux qui allaient devenir les Hussards lui donc été plus qu'une divine surprise, une résurrection. La confrontation mérite assurément le coup d'?il pour sa tenue littéraire, évidemment, l'un et l'autre étant d'incomparables stylistes, partageant une identique netteté souvent dure, parfois méchante, foncièrement tissue de mépris. L'un et l'autre se tiennent l'échine droite, l'un surveillant l'autre, l'un admirant tout en se préservant, l'autre se laissant admirer tout en se méfiant. Pour Morand, il s'agit d'entretenir cette flamme d'admiration qui le fait vivre ; pour Nimier, il s'agit d'exister dans un monde littéraire qui le découvre, qui peu à peu l'admirera et dont il se défiera toujours et qu'au fond il méprise. Vue de la sorte, cette correspondance laisse apercevoir le heurt de deux personnalités essentiellement identiques que ne sépare plus que l'âge. Morand y apparaît en Nimier vieilli et Nimier comme un Morand en devenir ; rien que cela vaut une lecture.


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